Walk away from the sun

Lettre à L.




On s'est connues il y a 5 ans. On s'est détruites ensembles. On a réinventé le monde, on en réformé les règles, on a fait des choses de l'extérieur un vaste terrain de jeu. C'était facile.Tout ce qui n'était pas "nous" n'était pas à prendre au sérieux. Les adultes trop rigides, désenchantés, m'effrayaient, ce désenchantement ne devait pas m'arriver: ils me semblaient si fades. Je n'ai pas voulu comprendre le monde qui avait fait d'eux ces êtres décomposés. C'est effroyable de savoir que je deviendrais inéluctablement comme eux. Il fallait que je redonne au monde que je voyait de la saveur, de l'agitation. Avec L. on a créé des jeux; à deux on pouvait rester des enfants. Par ces jeux, on détruisait nos corps pour que le monde n'anéantisse pas notre âme.

Cependant, on grandissait: ne pouvant plus être une gamine, un être vivant, je ne serais pas une adulte non plus. Je me suis empêtrée dans ces jeux, faisant de mon corps une entité repoussante, ni enfant ni vraiment adulte. J'ai conscience qu'en ayant appris les règles monde, elles se sont substituées à celles de mes jeux. Je ne suis plus la mioche qui avait dilué son environnement dans de la couleur, qui avait cherché et trouvé un moyen de l'affronter. Car Ils ont voulus me "soigner". Ces adultes sans couleur m'ont collé la réalité en face et me l'ont fait gobée comme une pilule avec appétant. L. a aussi avalé cette pilule. C'est ça qui nous a déparé: nos jeux actuels sont devenus trop différents et  l'unité a été détruite. Elle a choisis les jeux les plus communs, auxquels je refuse de participer: ils ne sont pas miens, trop de gens jouent de cette manière pour qu'ils puisse m'apporter ce que je veux. J'en ai donc trouvé d'autres afin de me façonner une identité.

On me dis malade. C'est embêtant, parce que le monde entier l'est un peu aussi.


23/04/2012
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